dimanche 29 juin 2008

Histoire de papillons et de guimbardes autour d'une amitié franco-iakoute

Bernard_et_Spiridon_papillons_affiche_photoHistoire d’une amitié franco-iakoute entre un papillon et une guimbarde

Il y a peu de points communs entre un papillon et une guimbarde. Et pourtant… ils se rejoignent dans l’amitié qui lie Bernard Lalanne-Cassou et Spiridon Spiridonovitch Chichiguine.

Chercheur au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris, Bernard Lalanne-Cassou connaît Spiridon depuis des années et communique avec lui par gestes, par images et… par les sons harmonieux de la guimbarde. Bernard est en effet passionné par la nature et la musique. Dans sa maison, on trouve une pièce entièrement consacrée à sa collection de petits papillons bruns des montagnes d’Amérique du Sud et une armoire pleine de guimbarde du monde entier, en bambou et en métal. Avec son frère Christian et le guimbardiste John Wright, il décide en 2002 de visiter Spiridon en Iakoutie.  Spiridon leur organise des rencontres avec des forgerons et avec les dames joueuses de guimbardes de Tökhtür. Lors des haltes, sur les chemins, le long des routes, dans la forêt et sur les berges de la Léna, Bernard court, se penche, tend les bras vers le ciel… s’envole presque. Il vole après les papillons qui le narguent, butinant des fleurs sous le soleil. De temps en temps, l »un d’entre eux se prend dans son filent. Bernard le paralyse et le glisse dans une boîte. C’est cette année là que Bernard communiqua à Spiridon sa passion pour les papillons. A partir de ce moment-là, alors que Bernard s’affaire dans sa cave parisienne, coupant, limant et brûlant le métal pour fabriquer des guimbardes, Spiridon agite son nouveau filet sur la route de Pokrovsk à Iakoutsk.

C’est ainsi qu’en 2003, Spiridon me transmet une boîte pleine de papillons destinés à Bernard en disant : « il y en a un que je n’ai jamais attrapé auparavant ». A Paris, Bernard ausculte scrupuleusement chaque insecte. Le papillon dont Spiridon a parlé semble constituer une version « blanche » de la famille des glandon. Bernard envoie les spécimens à Sergeï Shurkin, un spécialiste de Moscou. La nouvelle est annoncée en 2005 : une nouvelle sous-espèce de glandon a été découverte au village de Tshkalov, à100 km de Iakoutsk. Elle est nommée Agriades glandon shishigini ssp. nova, en l’honneur d’un « professeur et directeur d’école, quelqu’un de bien et l’un des meilleurs joueurs de guimbarde (ou khomous) au monde ».

Aujourd’hui, un mâle est conservé au Musée Darwin de Moscou et neuf mâles (dont deux originaires de Tit-Aryy) et deux femelles au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Lorsque la belle saison arrive, Spiridon attrape des papillons et les transmet à Bernard, bien rangés dans de minuscules sachets de philatéliste. Bernard joue et fabrique des guimbardes durant son temps libre. IL a offert l’une d’entre elles à Spiridon qui la garde précieusement dans son petit sac d’instruments de concert. Chaque fois que je viens en Iakoutie, Spiridon ne manque pas de me donner pour Bernard une petite boîte avec des papillons multicolores. Qui sait si une nouvelle espèce ou sous-espèce ne pourrait pas être découverte !

Cette belle histoire d’amitié entre un papillon et une guimbarde suit son chemin. Cher lecteur, à partir d’aujourd’hui, entendrez-vous vibrer la guimbarde sous les ailes des papillons ?

Emilie Maj

paru dans Zhurfiks (42), mai-juin 2008, Jakutsk [revue en russe de République Sakha (Iakoutie)]

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